Pas de pénurie, mais prix record : alors pourquoi le carburant est si cher ?

Depuis le début du mois de mars, les automobilistes constatent une hausse rapide des prix à la pompe. Pourtant, contrairement à certaines périodes passées, cette augmentation ne s’accompagne pas d’un risque immédiat de pénurie.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, mêlant tensions géopolitiques, réglementation et fonctionnement du marché pétrolier. On vous explique sans filtre !
Une hausse déjà amorcée depuis janvier
L’augmentation actuelle ne s’explique pas uniquement par l’actualité internationale. Depuis le 1er janvier 2026, les carburants ont déjà subi une première hausse liée à l’évolution du dispositif des certificats d’économie d’énergie (CEE).
Ce mécanisme impose aux fournisseurs d’énergie de financer des actions visant à réduire la consommation énergétique. Pour compenser ces coûts supplémentaires, une partie de la charge est répercutée sur les prix à la pompe.
Résultat : 4 à 6 centimes par litre ont été ajoutés aux tarifs dès le début de l’année, avant même la flambée récente liée au marché du pétrole.
Le conflit au Moyen-Orient fait bondir le prix du pétrole
La hausse actuelle s’explique surtout par les tensions géopolitiques impliquant l’Iran. Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, perturbe les marchés et provoque une forte spéculation.
La conséquence a été immédiate sur le cours du pétrole :
- 26 février : 70,91 dollars le baril
- 4 mars : 82,58 dollars le baril
En moins d’une semaine, la hausse dépasse 16 %, ce qui se répercute rapidement sur les carburants.
A RETENIR ! Le prix du baril a augmenté de 16% en 15 jours... mais le prix à la pompe a augmenté d'environ 40 à 45%. Donc "à qui profite le crime ?" Très clairement aux spéculateurs, et donc par extension indirecte à l'Etat, qui va générer environ 1,8 milliard d'euros de profit rien qu'en mars si la tendance reste la même...
Certains analystes envisagent même un scénario plus pessimiste : si les tensions persistent, le baril pourrait remonter vers 100 dollars, voire 130 dollars. Dans ce cas, le prix du litre d’essence ou de gazole pourrait franchir à nouveau la barre symbolique des 2 euros.
Pourquoi les prix ne redescendent pas immédiatement
Même si le prix du pétrole se stabilisait ou reculait rapidement, les automobilistes ne verraient pas les effets tout de suite.
Les stations-service vendent en effet du carburant acheté plusieurs jours ou semaines auparavant. Si les distributeurs ont rempli leurs cuves lorsque le baril était cher, ils doivent écouler ces stocks avant d’ajuster leurs tarifs.
Ce mécanisme explique pourquoi les prix montent généralement plus vite qu’ils ne redescendent.
Face à ce risque, les autorités veulent éviter d’éventuels abus. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a demandé à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de surveiller les pratiques des distributeurs afin de vérifier que les variations du pétrole sont bien répercutées sur les prix.
Pas de pénurie à court terme
Malgré l’instabilité internationale, les autorités françaises se veulent rassurantes : la France dispose de réserves importantes de carburant.
Les stocks stratégiques représentent environ 17 millions de tonnes de pétrole brut, d’essence et de gazole. Cela correspond à près de trois mois de consommation nationale, répartis dans une centaine de sites de stockage sur le territoire.
Ces réserves permettent d’amortir les chocs d’approvisionnement et d’éviter une rupture brutale en cas de crise.
Le vrai risque : la ruée vers les stations
Le principal danger ne vient donc pas d’un manque de carburant, mais d’un comportement de panique.
Si les automobilistes se précipitent pour faire le plein par crainte d’une pénurie, la consommation pourrait augmenter brutalement et accélérer la diminution des stocks. Ce phénomène s’est déjà produit lors de certaines grèves dans les raffineries.
C’est pourquoi les autorités appellent les conducteurs à éviter toute précipitation.
À quoi s’attendre dans les prochaines semaines ?
L’évolution des prix dépendra essentiellement de la situation géopolitique au Moyen-Orient et du niveau du baril de Brent.
Trois scénarios sont possibles :
- Apaisement rapide : les prix du pétrole reculent et les carburants pourraient progressivement redescendre.
- Tensions persistantes : les prix restent élevés plusieurs semaines.
- Escalade du conflit : le baril pourrait dépasser 100 dollars et pousser les carburants au-delà de 2 €/l.
Pour l’instant, une chose est certaine : la hausse actuelle relève davantage d’un choc sur les marchés pétroliers que d’un problème d’approvisionnement en France.

