Péages d'autoroutes : combien gagnent vraiment Vinci, Eiffage et Abertis ?

Souvent accusées d’être de véritables « machines à cash », les sociétés concessionnaires d’autoroutes reviennent régulièrement au cœur du débat public. Alors que les premières concessions arrivent à échéance à partir de 2031, la question de leur rentabilité continue d’alimenter les critiques.
L’action collective « Péage Autoroute », lancée en avril par l’avocat Christophe Lèguevaques, illustre cette contestation. Elle vise à remettre en cause les mécanismes d’augmentation des tarifs de péage, jugés excessifs par certains usagers. Un sujet d’autant plus sensible que les autoroutes françaises figurent parmi les mieux entretenues d’Europe.
Vinci, le poids lourd du secteur
Premier concessionnaire autoroutier français, Vinci exploite plus de 4 400 km d’autoroutes via des réseaux majeurs comme ASF, Cofiroute ou Escota. Parmi les axes concernés figurent notamment les A7, A8, A9, A10 ou encore l’A11.
En 2025, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 75,6 milliards d’euros pour un bénéfice net de 4,9 milliards. La branche Vinci Autoroutes a généré à elle seule 6,7 milliards d’euros de revenus, soit environ 9 % du chiffre d’affaires global.
Mais c’est surtout sa rentabilité qui impressionne. Avec une marge d’Ebitda de 71 %, l’activité autoroutière représente à elle seule plus d’un tiers des bénéfices opérationnels du groupe. Autrement dit, même si les concessions ne constituent qu’une part limitée des revenus de Vinci, elles figurent parmi ses activités les plus lucratives.
Eiffage affiche également des marges élevées
Deuxième acteur majeur, Eiffage exploite notamment les réseaux APRR, AREA, Aliénor ou encore le viaduc de Millau.
Le groupe a enregistré en 2025 un chiffre d’affaires de 25,3 milliards d’euros et un bénéfice net de 1 milliard d’euros. Sa branche concessions a généré près de 4 milliards d’euros de revenus, dont 3,5 milliards issus des autoroutes françaises.
Là encore, les marges sont particulièrement confortables. L’Ebitda atteint 70,4 % pour les réseaux APRR et AREA, tandis que certaines infrastructures dépassent largement ce niveau. Le viaduc de Millau affiche ainsi une marge de 87,1 %, tandis que l’autoroute A41 entre Genève et Chambéry atteint 86,4 %.
Abertis, spécialiste des concessions
Le groupe espagnol Abertis complète le podium. En France, il exploite près de 1 900 km d’autoroutes à travers SANEF et SAPN, avec notamment les A1, A4, A13, A14 ou encore l’A16.
En 2025, Abertis a réalisé un chiffre d’affaires mondial de 6,1 milliards d’euros pour un Ebitda de 4,4 milliards, soit une marge globale de plus de 72 %.
La France demeure son principal marché en valeur, avec 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires et une marge d’Ebitda de 69 %. Les activités françaises ont ainsi généré environ 1,5 milliard d’euros de résultat opérationnel brut.
Un débat qui va revenir en force
Les chiffres confirment que les concessions autoroutières constituent des activités extrêmement rentables pour leurs exploitants. Si elles ne représentent qu’une fraction du chiffre d’affaires de groupes comme Vinci ou Eiffage, elles génèrent des marges très supérieures à celles de leurs autres métiers.
Avec l’échéance progressive des contrats entre 2031 et 2036, la question du devenir des autoroutes françaises devrait rapidement s’inviter dans le débat politique. Renouvellement des concessions, remise en concurrence ou retour dans le giron de l’État : plusieurs scénarios restent sur la table pour l’après-concessions.

